GRAND TRIANON
LE
Grand Trianon
Architecture
Décoration _ Ameublement
PARIS
LIBRAIRIE DES ARTS DÉCORATIFS
A. CA LAVA S, Éditeur
68, rue Lafayette
LE GRAND TRIANON A LA FIN DU XVIII' SIÈCLE
Dessin du chevalier de Lespinasse, grave par Née, publié dans le Voyage pittoresque de ta France.
Le Grand Trianon
Ce palais décoré de pilastres de marbre rose ne fut
pas la première construction de Louis XIV à
l’extrémité du bras septentrional du canal de
Versailles, en face de la Ménagerie. Là, sur l’emplace¬
ment d’un hameau nommé Trianon, acquis par le Roi
pour l’agrandissement de son parc, s’éleva d’abord un
petit château d’un caractère assez inattendu à une époque
qu’on dit surtout éprise de pompe et de majesté. Les
vases de faïence qui brillaient sur ses combles parmi les
figures et les ornements de plomb doré, ses murs ornés
de « carreaux de Hollande », ses corniches de stuc blanc
et bleu dans le goût des ouvrages chinois, dont la mode
naissait alors en France, lui avaient fait donner le nom
de Trianon de Porcelaine. Les poètes l’appelaient le
Palais de Flore à cause de ses merveilleux jardins où
les fleurs les plus rares et les plus parfumées étaient
renouvelées en toute saison comme par enchantement.
Bâti en 1670, probablement sur les dessins de François
Le Vau, le Trianon de Porcelaine disparut dans les
(1) Bibliographie:
Les Palais des deux Trianons, Domaine de la Couronne, 1837.
Soulié : Notice... des palais de Trianon, i852 (réimprimé en 1878).
De Lescuke : Les palais de Trianon, s. d. (1867).
Dussikux : Le château du Versailles, 2* édition, i885, tome II.
P. de Nolhac : Le Trianon de Porcelaine (Renie de l'histoire de
Versailles, 1901), étude reprise dans la Création de Versailles, 1901.
A. Dératé : Versailles (Les Villes d’Art célèbres), 1904, pages 86 à 95.
Entin, M. Maurice Magnien a le premier mis en œuvre les documents
conservés aux Archives Nationales (O1 1874 et O1 1884) dans une étude très
approfondie à laquelle j'ai beaucoup emprunté pour l’histoire de Trianon
sous Louis XIV. Elle a paru dans la Renie de l'histoire de Versailles
(février 1908), sous le titre : Le Trianon de Marbre pendant le règne de
Louis XIV.
derniers mois de 1686 : Charles Perrault, l’auteur des
Contes de Fées, premier commis des Bâtiments royaux,
signait, le 24 septembre de cette année, une pièce intitu¬
lée : « Extrait de la quantité de piere dure de Saint-Leu
et Carrière, provenant de la démolition de Trianon, qui
peut être réemployé. » ( Arcli . N ai. O1, 1884.)
Il ne reste aujourd’hui du premier palais de Flore
que le bassin en fer à cheval où se reflètent les rampes
aux courbes gracieuses qui descendent jusqu’au canal.
Les murs de ces rampes, couronnés de balustres et
décorés de « glaçons » entre des chaînes de bossages ont
été construits et sculptés entre 1678 èt 1679 (Comptes
des Bâtiments, tome I, col. io3g, io5o, 1 1 (5 1 ) . Une
terrasse plantée de beaux arbres les domine. C’est ici
que Louis XIV viendra, les soirs d’été, quand le Trianon
de Marbre aura remplacé le Trianon de Porcelaine,
assister aux évolutions de sa flottille de gondoles : « Le
Roi, note Dangeau dans son journal, le 10 juillet 1699,
partit de Versailles et entra sur les six heures du soir
dans les jardins, et, après s'y être promené quelque
temps, il se tint sur la terrasse qui regarde sur le canal
et y vit embarquer Monseigneur, M“e la Duchesse de
Bourgogne et toutes les princesses... Tous les musiciens
du Roi étaient dans un/ac/i. Le Roi fit apporter des sièges
en haut de la balustrade, où il demeura jusqu’à huit heures
à entendre la musique qu’on faisait approcher le plus
près que l’on pouvait. »
Pourquoi la galante maison, si propice, pendant
quelque quinze ans, aux divertissements royaux, si célèbre
que son nom devint aussitôt un terme générique pour
désigner tout pavillon isolé construit dans un parc, fut-
elle détruite en 1686? Suffit-il pour expliquer cette
condamnation d’invoquer un caprice du roi bâtisseur?
Pensera-t-on que la décoration dans le goût chinois
parut un jour trop frivole ou que M""‘ de Maintenon
souhaita de voir disparaître ou renouveler le décor des
fêtes dont M"'c de Montespan avait été la reine? La prin¬
cipale cause de la disgrâce du petit château fut vraisem¬
blablement que Louis XIV avait besoin de sa place pour
un nouveau favori. Dans le site qui n’avait pas cessé de
lui plaire et dont il connaissait tous les avantages, non
loin de Versailles, à l’extrémité d’un bras du canal, au
milieu des arbres plantés par Le Bouteux, au milieu
des fleurs, il voulait un palais moins vaste que celui de
Versailles, démesurément agrandi par les travaux de
Le Vau puis de Mansart, moins grand même que Marly
(dont l’achèvement dans sa forme générale coïncide avec
l’élaboration des plans du nouveau Trianon' et cepen¬
dant plus habitable qu’une maison de porcelaine « à faire
des collations » et à « passer quelques heures du jour
pendant le chaud de l’été ».
Ce palais s’édifia rapidement, en 1687, sur les dessins
de Mansart aidé de Robert de Cotte. Dès la fin de l’année
on voit, dans les Comptes , des paiements pour les chapi¬
teaux et même pour des travaux de sculpture sur bois
dans les appartements. Le i3 novembre, le roi trouve
son nouveau bâtiment « fort avancé et fort beau ». C’est
Dangeau qui nous le dit. Le 17 janvier 1688, il y entend
l’opéra de Roland; le 22 janvier, il y dine pour la pre¬
mière fois; le 4 février, il y dine de nouveau et donne
des ordres pour l’embellissement du palais; le 12 juillet,
les meubles et tous les lits y sont déjà posés. Dangeau
écrit enfin, à la date du i3 novembre : « Le roi dîna à
son petit couvert et alla ensuite tirer dans son grand
parc; sur les quatre heures, il revint à Trianon, qu’il
trouva achevé et meublé ».
Le Trianon de marbre est donc achevé dans l’en¬
semble dès l’automne de 1688. Mais les travaux de déco¬
ration intérieure occupèrent encore bien des artistes pen¬
dant les années qui suivirent et presque jusqu’aux derniers
jours du règne. Nous verrons en effet que là, comme dans
toutes ses résidences, Louis XIV céda à son besoin de
continuel changement. Il eut un appartement d’apparat,
d’abord dans l’aile droite, où il ne coucha jamais, puis
dans l’aile gauche, où il coucha pour la première fois le
20 avril 1694, enfin, à partir de iyo3, dans le corps de logis
qui s’étend entre la cour d’entrée et le « Jardin du roi »,
à la place de la salle de spectacle. Trianon sous bois, cons¬
truit en même temps que le reste du palais, fut sensible¬
ment modifié en 1705.
A peu près abandonné après la mort de Louis XIV,
pendant la Régence et sous le ministère de Fleury,
Trianon s’anima de nouveau vers le milieu du xvmc siècle,
Cette résidence, où il lui avait été permis seulement de se
promener et de chasser pendant son enfance, Louis XV
l’aimait pour son intimité. C’est là qu’en 1744 il alla
pleurer la mort de la duchesse de Chàteauroux. A partir
de J749i il y fit d’assez fréquents et longs séjours avec
M"10 de Pompadour, qui occupait les pièces habitées autre¬
fois par la marquise de Maintenon. Il y eut alors, dans
les appartements, quelques transformations. Mais en
même temps le roi faisait construire par Gabriel, pour
ses divertissements rustiques, les pavillons de la Nouvelle
Ménagerie (1749 à 1753), planter un jardin botanique et
tracer un jardin anglais, bâtir un petit château carré (1762
à 1768), si bien que, dans le dernier tiers du xvine siècle,
le Trianon de Louis XIV se trouva doublé par un domaine
d’un caractère bien différent, qui, sous le nom de Petit
Trianon, tint plus de place dans les plaisirs de la Cour
que le palais construit par Mansart.
La Révolution épargna le Grand Trianon. Mais,
sous prétexte de le restaurer et de le rendre plus habi¬
table, Napoléon Ier et Louis-Philippe l’épargnèrent
moins. Napoléon fit fermer le péristyle à jour et meu¬
bler les appartements dans le goût de Percier et Fon¬
taine. Louis-Philippe fit exécuter, en 1 836, par l’archi¬
tecte Nepveu les travaux jugés nécessaires pour que
Trianon pût remplacer comme résidence royale le châ¬
teau de Versailles, transformé en musée historique et,
désormais, consacré «à toutes les gloires de la France ».
Il s’y arrêta pour la dernière fois le 24 février 1848,
avant de partir pour Dreux.
Le palais que nous allons décrire a conservé des
souvenirs de toutes ces vicissitudes. Mais, malgré les
mutilations et les changements, il reste dans l’ensemble
le palais du Grand Roi. Les boiseries ou les rampes en
fer forgé, qui datent du temps de Louis XV, y sont
rares. Malgré le mobilier hétéroclite que le xixe siècle y
rassembla, malgré la couche de badigeon gris de lin
dont l’architecte de Louis-Philippe fit empâter les lam¬
bris, nous retrouvons encore dans les appartements du
Grand Trianon, comme dans le décor de ses façades,
l’œuvre des excellents praticiens qui vinrent, avec disci¬
pline, après l’achèvement de la Grande Galerie de Ver¬
sailles, avant les travaux du salon de l’Œil-de-Bœuf et
de la Chapelle, y sculpter le bois ou la pierre sous la
direction de Mansart et de Robert de Cotte.
ARCHITECTURE ET DÉCORATION
EXTÉRIEURE
Ici, comme à A ersailles et à Marly, par souci de
noblesse et pour annoncer dès l’abord une demeure
royale, Mansart a abandonné les combles à la française
auxquels on 1 avait encore vu fidèle quand il avait con¬
struit pour M",e de Montespan le château de Clagny.
Trianon est un palais bas, couvert en terrasse, ne com¬
portant — en apparence, au moins, et si l’on excepte
1 aile sous bois qu’un rez-de-chaussée décoré de
colonnes et de pilastres ioniques et couronné par une
balustrade. Tout semble y avoir été conçu pour que les
hôtes pussent jouir de la beauté des jardins, fussent le
plus près possible des fleurs. Les salons ouvrent de
plain-pied sur les parterres. Au milieu des bâtiments est
un péristyle, que des vitrages ferment depuis 1810, mais
qui laissait autrefois, par ses sept baies largement
ouvertes, voir dès l’arrivée, la verdure des arbres.
Du côté de l’avenue, le péristyle forme, avec les
deux ailes qui lui sont perpendiculaires, une petite
cour, un peu plus profonde que large, limitée en avant
III
par deux fossés secs en quart de cercle. Ces fossés,
bordés de balustrades, n’ont, bien entendu, aucun carac¬
tère défensif, mais ils dégagent les soubassements des
façades antérieures des ailes et donnent à ces façades
plus de hauteur. Ils laissent entre eux un terre-plein que
ferme une grille très simple posée probablement en
1699, car elle ressemble fort à celle dont le dessin est
conservé aux Archives Nationales (Carton O1, 1884),
avec la signature de Mansart et l’inscription : « Éléva¬
tion de la grille de fer de l’entrée du palais de Trianon,
donnée à M. Lambert pour y faire travalier au ier mars
par le sieur Des Ossiers, faict à Versailles ce 2 5 jan¬
vier 1(599. ” A chacune des ailes s’appuie enfin un mur
à pans coupés couronné de corbeilles de pierre et qui se
développe comme un paravent à plusieurs feuilles pour
masquer, à gauche, la cour et les bâtiments des offices,
à droite, le « Jardin du Roi ». Quand il apparaît ainsi,
au fond d’une
avenue de grands
arbres, avec ses
murs de clôture
qui dissimulent
l’étendue réelle
des bâtiments ,
Trianon donne
l’impression d’un
petit palais de
proportions har¬
monieuses, où
tout est concerté
pour attirer le
visiteur au fond
de la cour d’hon¬
neur, sous les
baies accueil¬
lantes du péris-
Du côté des
jardins, l’impres¬
sion est toute
différente : une
longue façade se
développe où le péristyle forme un avant-corps peu en
saillie sur les ailes qui le prolongent. La ligne horizontale
des toits bas, partout d’égale hauteur, s’allonge avec
monotonie, et le petit palais parait écrasé sous le ciel.
Mais voici une infraction à la symétrie, peu conforme aux
habitudes des architectes du xvne siècle : tandis qu’au
midi la terrasse qui conduit du palais aux jardins s’appuie
a un mur de soutènement d’où la vue s’étend librement
sur le canal, au nord elle est fermée par un bâtiment en
retour d’angle, la Galerie , qui relie le palais à une aile
beaucoup plus simple que les précédentes, Trianon-sous-
Bois. Trianon-sous-Bois et la Galerie sont-ils des surcharges
complètement exigées après coup pour la commodité du
logement, ou Mansart a-t-il, plus ou moins consciemment,
voulu rappeler en petit pour le spectateur placé à l’extré¬
mité du bras septentrional du canal l’aspect du château de
Versailles vu de la pièce d’eau des Suisses? Il est certain
que si l’on supprime sur le plan ces deux corps de bâti¬
ment, Trianon n’en parait que plus achevé. Mais il est
hors de doute aussi que ces surcharges ont été con¬
struites en même temps que le reste du Palais. Dès
1 (588, Drouilly, Lecomte, Isaac Jouvenet, Boutet et
Coysevox reçoivent les paiements des beaux chapiteaux
composites ornés de masques de femmes entre des guir¬
landes de fleurs qui surmontent les trumeaux de la
Galerie ( Comptes III , col. 33, 92, g3 et 97). La même
année, des sculpteurs travaillent aux corniches de Tria¬
non-sous-Bois et Alexis Fordrin s’apprête à livrer un
chef-d’œuvre de ferronnerie, la rampe à pilastres décorés
de godrons, de fleurons et de coquilles, scellée sur l’es¬
calier qui termine au nord ce bâtiment (Comptes ///,
col. 35, 3y et 246).
Toutes les façades des ailes principales, sur la cour
comme sur les jardins, sont composées par la répétition
des mêmes motifs : de hautes baies en plein cintre alter¬
nant avec des pilastres ioniques, groupés deux à deux
dans les avant-
corps, isolés dans
les arrière-corps.
Ces pilastres sont
un placage à l’ita¬
lienne, et il est
évident qu’ils
n’aident en rien
à supporter l’en¬
tablement cou¬
ronné par une
balustrade qui
dissimule les
combles bas.
Mais leur jolie
couleur si déli¬
catement en har¬
monie avec la
pierre blonde des
chambranles fait
oublier leur inu¬
tilité ; elle donne
aussi à l’ordre
ionique une élé¬
gance exempte de
toute froideur. Leurs fûts sont en marbre rose, leurs
chapiteaux et leurs bases en marbre blanc. Seules les
colonnes du péristyle sont en marbre vert campan. Le
marbre rose du Languedoc forme encore la frise bombée
et pare les socles de la balustrade.
Nous pourrions nommer, grâce aux Comptes des
Bâtiments , tous les artistes qui collaborèrent, en i(588, à
l’exécution de ce gracieux décor. Les chapiteaux étaient
l’œuvre ou sortaient des ateliers d’une cinquantaine de
sculpteurs. Si l’on ne connaissait les habitudes de
l’administration des Bâtiments royaux au temps de
Louis XIV, dans la distribution du travail, on pourrait
s’étonner que ces chapiteaux, d’une exécution d’ailleurs
très soignée, mais simplement ornés de quelques oves et
d’un bouquet de feuilles d’achante entre des volutes au
centre fleuri, aient été en partie commandés à de grands
artistes comme Coysevox et Nicolas Coustou ou même à
des maîtres de l’importance de Legros, Regnauldin,
Lehongre, Lespingola, Magnier... Sur les cintres de
toutes les fenêtres retombent des trophées de chasse, de
jardinage ou de musique, enguirlandés de fleurs d’un
naturalisme généreux, roses charnues, anémones, tour¬
nesols ou légers
volubilis. Ces
trophées et cette
flore, presque
aussi parfaite que
celle de la cha¬
pelle de Ver¬
sailles, étaient,
en partie au
moins, l’œuvre
de Nicolas Cous-
tou et de Joly
( Comptes , tome
III, col. 35).
Enfin, la balus¬
trade, aujour¬
d’hui nue, resta
hérissée jusqu’à
l’époque de la
Révolution de
sculptures « en
pierre de Trois-
sy », posées à
l’aplomb des co¬
lonnes et des pi¬
lastres. Elles achevaient de dissimuler les combles,
dessinaient sur le ciel des silhouettes variées, augmen¬
taient un peu la hauteur du palais. C’étaient des vases,
des cassolettes à
tètes de bélier,
des corbeilles de
fleurs, alternant
avec des groupes
d’enfants. Nico¬
las Coustou avait
fourni quelques-
unes des cor¬
beilles; des grou¬
pes d’enfants,
sans doute très
parents de ceux
que les Keller
fondaient à la
même époque
pour le Parterre
d’eau, avaient été
sculptés par
Cornu, J ouvenet.
Mazeline , Bar-
rois, Magnier,
Legros et Cor¬
neille Van-Clève.
La Galerie Phojet POUR l’Antichambre
offre à peu près,
du côté du parterre, le même système de décoration que
les ailes principales du palais, bien que ses onze baies
soient séparées par des pilastres beaucoup plus larges,
dont j’ai signalé les beaux chapiteaux que décorent des
masques graves de déesses aux nattes nouées sous le
menton. Mais sa façade opposée, à peu près nue, n’est
percée que de cinq fenêtres. Quant à j Trianon-sous-
Bois, relié à la
Galerie par le
Salon des Jar¬
dins (où reparaît
exactement le dé¬
cor adopté pour
les ailes prin¬
cipales), c’est
une élégante et
sobre construc¬
tion , à deux
étages de fenêtres
que le marbre
n’encadre pas.
Un charme sin¬
gulier lui venait
autrefois du voi¬
sinage du Bos¬
quet des Sources,
détruit en 1773.
« Les Sources,
écrivait la Pa¬
latine au mois
de la, i.e o.ucbe de juüiet J?o5>
sont un petit
bosquet si touffu qu’en plein midi le soleil n’y pénètre
pas. Il y sort de terre plus de cinquante sources qui
font de petits ruisselets larges d’un pied à peine et que
par conséquent
on peut tous
enjamber; ils sont
bordés de gazon
et forment de
petites îles suf¬
fisamment larges
pour y mettre
une table et des
chaises, de façon
à pouvoir y jouer
à l’ombre... De
mon côté , les
arbres entrent
presque dans
mes fenêtres;
aussi appelle-t-on
les corps de logis
où sont la prin¬
cesse de Conti,
M. le Dauphin,
moi et Mmc la
Duchesse, Tria-
non-sous-Bois. »
Si Trianon-sous-
Bois date, dans
son ensemble, avec ses balcons et sa rampe, de 1688,
il a reçu, dix ans avant la mort de Louis XIV, au milieu
du xvin® siècle et sous Louis-Philippe, diverses modifi¬
cations. Les mascarons si spirituels sculptés, aux agrafes
B GAUCHE (l6gil.
V
des fenêtres ont été faits en 1703 par Hardy, Poirier,
Lepaultre et Poultier, dont M. Magnien a publié le
mémoire conservé aux Archives Nationales O1, 1874, et
Comptes , tome IV, col. iiôyi, et c’est un plaisir de voir,
quand on les compare aux mascarons de la Galerie,
combien en dix-huit années la sculpture française s’est
assouplie. Les mêmes artistes avaient sculpté, au-dessus
des fenêtres cintrées des avant-corps, des trophées «repré¬
sentant chacune des quatre saisons » et des tètes coiffées
d’un diadème et « ornées de fleurs, bleds, raisins, pins
et houx». Les trophées subsistent encore, mais deux des
masques des Saisons ont disparu : celui du Printemps a
été enlevé en 1760 lorsque Louis XIV fit faire un entre¬
sol au-dessus de la Salle de Billard et diviser en deux
fenêtres rectangulaires la haute fenêtre cintrée. Celui de
l’Hiver a été remplacé
sous Louis-Philippe par
une tète d’angelot, lourde
et vulgaire, lorsque la
salle de Billard fut trans¬
formée en chapelle. Enfin,
les combles de Trianon-
sous-Bois ont été suré¬
levés et terminés en angle
aigu assez longtemps après
une visite de Gabriel ,
dont on peut lire, aux
Archives Nationales
(O1 1874), le procès-verbal
daté du 12 avril 1747.
L’architecte , ayant re¬
connu qu’une partie des
combles du palais était
en mauvais état, fit d’a¬
bord faire sur le péristyle
un modèle de toit plus
élevé et plus en pente,
pour faciliter l’écoule¬
ment des eaux de pluie.
Mais, « étant descendu
dans le jardin pour juger
de l’effet de cet exhaus¬
sement , nous l’avons
trouvé, dit-il, intéresser
la grâce et la légèreté de ce palais. » « A l’égard de
Trianon-sous- Bois, ajoute Gabriel, une nouvelle cons¬
truction plus élevée du comble ne nuira en rien a la
décoration, parce que toute cette partie est entourée de
bois et qu’il y a peu de recul. » On voit encore aux
Archives (O1 1884) les dessins exécutés pour ces travaux;
ils portent les inscriptions : «Combles à refaire en 1750.
Remis à 1757».
APPARTEMENT DE L’AILE GAUCHE
Les touristes qui visitent actuellement le Grand
Trianon sont d’abord groupés dans un vestibule qui n’a
rien de royal, au fond de la cour d’honneur, puis entraî¬
nés par un gardien le long d’un" triste corridor remanié
sous Louis-Philippe et qui sert de dégagement aux
cabinets de l’appartement de l’aile gauche. Ils arrivent
ainsi à l’extrémité méridionale du palais, traversent du
Sud au Nord les cinq pièces de l’aile gauche, le péristyle,
les cinq pièces de l’aile droite, reviennent au Sud, sans
s’en douter, à travers le petit appartement en façade sur
le Jardin du Roi, tournent à l’est, sans s’en apercevoir,
dans le corps de logis qui limite la cour à droite et se
trouvent de nouveau sur le pavé de la cour, étourdis
plus qu’éblouis, la tête bourdonnante de vocables évoca¬
teurs du Roi-Citoyen autant que du Grand Roi, l’imagi¬
nation pleine de meubles et de bibelots qui ne sont pas
tous de très bon goût.
Pour rendre cette visite plus claire, nous entrerons
par le péristyle où Louis XIV venait lui-même rece¬
voir Jacques II et la reine d’Angleterre dans l’après-
midi du 7 février 1689.
Nous verrons ainsi dans
leur ordre logique les
pièces qui se succèdent
en enfilade dans l’appar¬
tement de l’aile gauche :
la Salle des Princes ou
des Seigneurs, le Salon
de la Chapelle, l’Anti¬
chambre du Roi, la
Chambre du Roi, le Ca¬
binet des Glaces.
Ces pièces, éclairées
par douze fenêtres ou¬
vertes sur le paysage du
parterre et du parc, oc¬
cupent toute la hauteur
du bâtiment. Du côté
opposé aux fenêtres une
cloison les sépare de ca¬
binets au-dessus desquels
est ménagé un entresol.
Ce que pouvait être leur
décoration à la fin de
1688, lorsque Dangeau
écrit que Trianon est
« achevé et meublé », il
est difficile de le dire, car
nous apprenons par les
Comptes et par une série de dessins conservés aux
Archives Nationales, qu’elles furent, trois ans après, en
1691 et 1692, sous le nom de « nouvel appartement »,
l’objet d’importants travaux. C’est de cette époque que
datent, dans leur état général actuel, la salle des Sei¬
gneurs et le Salon de la Chapelle. La première (sous
Louis-Philippe la « salle des Huissiers ») a pour tout
ornement des panneaux de menuiserie à moulures unies,
une cheminée de marbre rouge, une corniche fleurie de
lys renversés, et, dans la voussure, un lourd trophée
de plâtre. Le Salon de la Chapelle (sous Louis-Philippe
le « salon de la Reine ») est plus richement décoré : une
guirlande de raisins et d’épis, rappelant le pain et le
vin de l’Eucharistie, rampe sous la corniche ; entre les
chapiteaux composites des pilastres, la fumée de l’encens
sort de cassolettes accostées de palmes. Si l'on en juge
par un plan sur parchemin (au Cabinet des Estampes ,
VI
vol. V a. 370), correspondant à une notice intitulée
« Logement de Trianon, du 2 juin 1691 » l’autel fut
d’abord adossé à la cloison qui sépare le salon de l’an¬
tichambre, à la place occupée peu après par une cheminée
de marbre rouge du Languedoc. Mais les plans, datés
du 14 novembre 1691 (même recueil , nous montrent cet
autel placé dans une sorte d’alcôve, en face de la fenêtre
du milieu, c’est-à-dire au-dessous du panneau de bois
sculpté qui représente un globe couronné et lieurdelysé
entre deux rinceaux de feuilles d’acanthe.
Les Comptes (tome III, col. 679) nomment deux
sculpteurs qui cherchèrent dans le bois, en 1692, le
modelé de ces rinceaux, de ces palmes, de ces cassolettes
fumantes : Briquet et Charmeton. Quant à l’ornemaniste
dont ils exécutèrent les compositions et qui, sous la
direction de Man-
sart, dessina tout
ce décor, ce n’est
pas Jean Le
Pautre, comme
l’a cru M. Ma-
gnien, mais son
fils Pierre.
M . Magnien
bien justement
reconnu le salon
de la Chapelle
dans une gravure
ancienne accom¬
pagnée de la lé¬
gende « Décora¬
tion intérieure
d’un petit Salon,
inventez par Jean
Lepautre, archi¬
tecte et dessina¬
teur des bâti -
mentsdu Roy. A
Paris, rue Dau¬
phine, chez Ant.
Jombert
été induit en
erreur par cette Projet pour la Ciiambre de i
légende même .
L’auteur de la gravure ne peut être Jean Le Pautre,
qui mourut en 1682, cinq ans avant les fondations
du Grand Trianon. Mais nous savons, par les Comptes
des Batiments , que son fils Pierre était à cette époque
« employé au bureau des plans et dessins de la surin¬
tendance » et qu’il recevra en cette qualité, à partir
de 1699, un appointement de 2.000 livres. « Comme il se
trouvait avoir assez de génie pour l’architecture, dit
Mariette dans son Abecedario, et qu’il possédait bien
toutes les parties nécessaires pour la bien dessiner,
Jules Hardouin Mansart, surintendant des bâtiments,
jeta les yeux sur luy, fit créer en sa faveur une place de
dessinateur et graveur des bâtiments du Roy, et, en cette
qualité, se l’était entièrement attaché, il se servit souvent
de sa main pour rédiger et mettre au net ses pensées.
Ainsi Pierre Le Pautre eut beaucoup de part à tous les
ouvrages qui se firent dans la suite à Versailles, à
Marly et dans les autres maisons royales, tant pour ce
qui regarde l’architecture que le jardinage. Il en rit
presque tous les dessins ; il en grava mesme plusieurs,
car ses occupations ne l’empêchaient pas de reprendre,
de temps à autre, l’exercice de la gravure. »
La gravure du Salon de la Chapelle est précisément
une de celles dont parle Mariette. Mais la légende qui
l’accompagne n’en est vraisemblablement pas contempo¬
raine. Elle a été sans doute ajoutée au bas de la planche
chez l’éditeur Antoine Jombert au milieu du xviiP siècle.
En 1761 en effet, alors que les décorateurs français, par
réaction contre les extravagances de la rocaille, com¬
mençaient à revenir aux modèles du temps de Louis XIV.
Jombert publia en trois volumes un recueil des œuvres
de Jean Le Pautre dont il avait recueilli les cuivres.
Or, dans ce re¬
cueil, se glis -
sèrent, par er¬
reur, deux suites
de six planches
qui ne sont pas
de Jean, mais de
Pierre Le Pautre.
Elles se dis¬
tinguent nette¬
ment des autres
suites par une
légèreté , une
grâce, une clarté
plus françaises .
La première
(n° 44), intitulée
« Portes à placard
et lambris des¬
sinés parle sieur
Mansard et nou¬
vellement exé -
cutés dans quel¬
ques maisons
royales », con¬
tient trois plan¬
ches de portes et
de lambris de
Trianon, qui
disparurent dans les remaniements de la décoration du
palais. La gravure du Salon de la Chapelle et une
planche où l’on reconnaît le cabinet des Glaces font
partie de la seconde (n'’Ü4) intitulée « Décoration intérieure
d’un petit Salon inventé et gravé par J. Le Pautre ».
Et voici pourquoi j’insiste sur ces détails : quand nous
voyons dans les palais du xvne et du xvme siècle tant
de belles décorations exécutées sous la direction d’un
Mansard ou d’un Gabriel, nous nous demandons parfois
quelles furent dans ces chefs-d’œuvre la part de l’ar¬
chitecte et celle du sculpteur, et si le talent de dessina¬
teurs obscurs, intermédiaires entre le directeur de tous
les travaux et le praticien, n’a pas contribué pour beau¬
coup à l’harmonie dont nos yeux sont charmés. Pierre
Le Pautre fut un de ces intermédiaires : à Trianon
comme à Versailles, il a « mis au net » les pensées de
Mansard. Parmi les documents conservés aux Archives,
TABLE DES MATIERES
Pl. i. Façade sur la Cour (1687-1688).
Pl. 2. — — Extrémité de l’aile droite et fossé (1687-1688).
Pl. 3. Façade sur le Jardin du Roi (1687-1688).
Pl. 4. Terrasses a l’extrémité du Canal (1678-1679).
Pl. 5. Façade sur le Jardin (1687-1688).
Pl. 6. — — Extrémité de la galerie (1687-1688).
Pl. 7, 8 et 9. Trophées retombant sur les archivoltes des fenêtres, sculptures de Nicolas Coustou,
Jean Joly, etc. (1688).
Pl. 10. Trianon-sous-Bois. Fin du xvne siècle.
Pl. 11. — Détails de deux fenêtres des avant-corps (1705).
Pl. 12. — Mascarons. 1705. Chapiteaux des pilastres, vase (1688).
Pl. i3. Rampe de Trianon-sous-Bois, par Alexis Fordrin (1688), et Rampe du Salon des Jardins. Milieu
du xviii® siècle.
Pl. 14. Salon des Glaces. Fin du xvii6 siècle.
Pl. i5. — Corniche en plâtre. — Encadrement de glace en bois sculpté. — Détail du
chambranle d’une porte. Fin du xvn® siècle.
Pl. 16. — Archivoltes. Fin du xvne siècle.
Pl. 17. Chambre du Roi (dans l’appartement de l'aile gauche), xvii8 et xviii® siècles. (Balustrade et lit du
temps de Louis-Philippe) .
Pl. 18. Salon (ancienne chapelle). Fin du xvne siècle.
Pl. 19. — — Frises en bois sculpté et corniche. Fin du xvii® siècle.
Pl. 20. Péristyle (1687-1688).
Pl. 21. Salon rond. Fin du xvne siècle.
Pl. 22. — Voussure et ébrasement d’une fenêtre. Fin du xvii0 siècle.
Pl. 23. — Entablement, console et écoinçons de la fin du xvne siècle. — Dessus de porte
convexe, en bois sculpté, du milieu du xviii0 siècle.
Pl. 24. Salon de Musique. Fin du xvii® siècle.
Pl. 25 et 26. t— Panneaux en bois sculpté. Fin du xvne siècle.
Pl. 27. Cabinet du Couchant. Fin du xvii0 siècle.
Pl. 28. — — Détails de la Corniche. Fin du xvne siècle.
Pl. 29. Salon Frais (Aujourd’hui Salon des Malachites). Fin du xvne siècle.
Pl. 3o. — — — Dessus de porte. Fin du xvne siècle.
Pl. 3i. — — — Corniche en plâtre et panneau en bois sculpté.
Fin du xvii® siècle.
Pl. 32. — — — Trumeau et dessus de glace de la fin du xvii® siè¬
cle. Console de l’époque de Louis XVI.
Pl. 33. Frise du Salon Frais (Salon des Malachites)
et Frise de la Chambre du Roi. Fin du xvne siècle.
Pl. 34. Galerie. Décoration d’une travée. Bas-relief par Lespingola (1689).
Pl. 35. Salon des Sources (compris dans les appartements de Napoléon Ier). Fin du xvii siècle et pre
mières années du xvm® siècle.
pL. 36. — Détails des lambris et de la corniche. Fin du xvne siècle et premières
années du xvme siècle.
Pl. 37. Antichambre du Roi (dans l’appartement de l’aile droite, entre la cour et le jardin du Roi).
Corniches et chambranles des premières années du xvne siècle.
pL. 38. — — Cheminée et lambris de l’époque de Louis XV. Premières années du
xvme siècle et époque de Louis XV.
Pl. 3g. — — Détails de la corniche et d’un chambranle. Premières années du xvm® siècle.
— Rosace et panneaux en bois sculpté. Époque de Louis XV.
Pl. 40. Chambre du Roi (dans l’appartement de l’aile droite, entre la cour et le jardin du Roi) 1703,
Modifiée sous Louis XV et destinée sous Louis-Philippe à la reine Victoria.
Pl. 41. — Corniche et dessus de porte. Premières années du xvm® siècle. — Le pilastre à
droite est de l'époque de Louis XV.
Pl. 4iWs et 4.1 ter. Appartements de Trianon-sous-Bois. Dessus de glace. Premières années du xvm® siècle.
Pl. 42. Table de marbre blanc (placée dans le péristyle et provenant du jardin du Petit Trianon).
Milieu du xvm® siècle.
Pl. 43. Table en bois sculpté et doré. Époque de Louis XIV.
Pl. 44. Console en bois sculpté et doré. Milieu du xvm® siècle.
Pl. 45. — — — garnie au xix® siècle de malachite (Salon des Malachites).
Époque de Louis XVI.
Pl. 46. Cheminée (dans le Salon des Glaces). Époque de Louis XVI.
Pl. 47. Chaise, Fauteuil et Canapé, de l’époque de l’Empire, recouverts d’une tapisserie de Beauvais
de l'époque de Louis XVI.
Pl. 48 et 49. Tapisserie de siège tissée a Beauvais. Époque de Louis XVI.
Pl. 5o. Commode en bois d’acajou. Époque de l’Empire; ornée de cuivres ciselés et dorés de l’époque
de Louis XVI (voir pl. 5i) et de l’époque de l’Empire.
Pl. 5i. Frises et Appliques de meuble en cuivre ciselé et doré. Époque de Louis XVI.
Pl. 52. Commode et Lit en bois d’orme ornés de cuivres ciselés et dorés. Époque de l’Empire.
Pl. 53. Commode ornée de cuivres ciselés et dorés. Époque de l’Empire.
Pl. 54. Guéridons en bois, bronze et marbre. Époque de l’Empire.
Pi,. 55. Torchères en bronze doré, par Thomire (1811).
Pl. 56 et 57. Table en marbre et en bronze. Époque de l’Empire.
Pl. 58 et 59. Fauteuil et Chaise. Époque de l’Empire.
Pl. 60. Candélabres en marbre et en bronze. Époque de l’Empire.
PLAN ORIGINAL DE TRIANON
VII
on peut voir des projets pour le Salon de la Chapelle et
pour le Cabinet des Glaces qui ressemblent beaucoup à
ceux qu’il a gravés : il en est sans doute l’auteur.
D’autres projets,
réunis dans le
même lot (nous
en reproduisons
plusieurs ici) sont
peut-être aussi de
la main de cet
habile artistequi,
moins fécond que
son père , mais
d’un goût plus
sobre et plus pur,
fut avec Bérain,
Daniel Marot et
Audran, un des
agents de l’évo -
lution de notre
art décoratif,
dans les dernières
années du règne
de Louis XIV.
Quelques -
uns de ces dessins
représentent
l’antichambre et Pr0“t "•* “ c““"“ “ L''
la chambre de
l’aile gauche telles qu’elles devaient être après les travaux
de 1691 et 1692. Les embellissements entrepris en 1700
et en 1703 les ont a ce point transformées qu’on a peine
à les reconnaître.
Ces deux pièces,
qui avaient servi
à l’origine à v r
dresser et à serrer
le fruit (voir O
et P sur le plan (^j
que nous pu¬
blions), étaient,
avant 1700, sépa¬
rées par un mur
de refend nette¬
ment indiqué sur
les plans origi¬
naux de 1691 et
du 28 avril 1694
( Estampes , Va
370). Chacune
avait une cor¬
niche différente :
coquilles et fleu¬
rons dans l’anti¬
chambre, tro¬
phées séparés par
des Consoles dans Projet pour la Chambre de l'a
la chambre. Elles
étaient ornées de compartiments de menuiserie rectan¬
gulaires sculptés par Legrand et Bellan, Lalande et
Chauveau, et chacune de deux miroirs dont Goupil et
Taupin avaient fait les bordures ( Comptes III, col. 679,).
La chambre n’avait pas d’alcôve; en face de la fenêtre
du milieu s’avançait un lit à panaches et à lambrequins
dont le haut
dossier portait le
chiffre royal.
C’est là que
Louis XIV vint
coucher pour la
première fois le
20 avril ifSgq.
Mais il ne reste
guère de ce temps
que les cham¬
branles des por¬
tes . En 1 700 ,
grande transfor¬
mation : Louis
XIV fit agrandir
sa chambre aux
dépens des ar¬
rière-cabinets par
une profonde
alcôve que fer¬
mait une balus¬
trade, œuvre de
Lespingola,
1 Comptes IV , col.
5g 1) et abattre
le mur de l'efend qui séparait la chambre de l’anti¬
chambre. A la place du mur s’élevèrent deux colonnes
corinthiennes réunies par une balustrade et posées sui¬
des socles carrés
ornés de trophées
de musique et de
soleils. Des pi¬
lastres achevè¬
rent de donner
aux deux pièces
plus de richesse ;
des miroirs rec¬
tangulaires sur¬
montés d'ovales
en bois sculpté ,
comme dans le
cabinet du Cou¬
chant (alors oc¬
cupé par la
duchesse de
Bourgogne) or -
nèrent les deux
trumeaux; enfin
les corniches
furent refaites ,
dans les deux
pièces sur le
même modèle :
trophées de flè¬
ches, d’arcs et de brandons, alternant avec des consoles
à masques de femmes. On peut voir tout le détail de ces
travaux dans une page du registre « où sont écrits par
5 1691).
VIII
dates les ordres que le Roy a donnés h Monsieur Man-
sart... » (Arch. Nat ., O1 1809), publiée par M. Magnien.
Trois ans plus tard, Louis XIV cède sa chambre au
Dauphin : Elle est alors séparée de nouveau de l’anti¬
chambre par une cloison qui coupe visiblement en deux
parties la poutre du plafond, les pilastres et les colonnes.
Aux deux faces de cette cloison et sur les cheminées sont
posés des miroirs cintrés dans un cadre d’entrelacs et de
quadrillages a rosettes et les miroirs de la chambre
reçoivent pour couronnements deux chefs-d’œuvre de
grâce et de fantaisie, deux masques souriants, parents
des mascarons de Trianon-sous-Bois et de celui que
nous verrons dans la dernière chambre du Roi : accostés
de rinceaux à jour, coiffés de feuilles d’achante, ils ont
des sortes d’ailes pour collerettes et des chapelets de
culots pour pendants d’oreilles. Pour résumer cette his¬
toire assez confuse, le plan général et les voûtes de la
chambre et de l’antichambre datent de 1688; les cham¬
branles ornés de coquilles sont le seul souvenir des tra¬
vaux de 1691 et 1692; l’alcôve, les colonnes et les pilastres
corinthiens, les trumeaux entre les fenêtres, les corniches
(moulées peut-être sur un modèle de 1692 resté en place)
datent de 1700; les miroirs et leurs encadrements de
quadrillages, motif où s’annonce déjà l’art de la Régence,
ont été sculptés en 1703. Mais là ne s’arrêtent pas les
transformations de ces pièces. Les cheminées, très simples,
semblent être contemporaines de Louis XV; une balus¬
trade du xixe siècle a remplacé la balustrade de 1700; un
lit au chiffre de Louis-Philippe a remplacé dans l’alcôve
le lit de Louis XIV et toutes les dorures qui brillaient
autrefois délicatement aux reliefs du bois sculpté ont,
comme dans toutes les autres salles, disparu sous une
couche de peinture à la colle d’un gris bleuté.
Beaucoup plus homogène est le Cabinet des Glaces.
Sauf une fort belle cheminée de l’époque de Louis XVI,
en marbre rouge avec appliques de cuivre ciselé et doré,
il semble dater tout entier de 1688 et 1689. Mansart
avait-il voulu rappeler ici les splendeurs de la Galerie de
Versailles achevée quatre ans plus tôt? Mais, au Cabinet
des Glaces, ni peintures ni marbres de diverses couleurs.
Une corniche où des enfants représentent les arts de la
guerre et de la paix, des miroirs tantôt rectangulaires et
montant jusqu’à la corniche, tantôt cintrés et couronnés
de mascarons et de guirlandes en forment tout l’orne¬
ment. Nous ne connaissons pas les artistes qui
sculptèrent dans le bois ces chambranles, autrefois
rehaussés d’or, ces masques de femme où le sourire du
xvme siècle n’a pas encore creusé ses ondes, ces fleurs
d’une merveilleuse variété. Il faudrait chercher leurs
noms parmi ceux des sculpteurs inscrits dans les Comptes,
en 1689, pour leurs travaux dans « les appartements de
Trianon » : Guyot, F.sloy, Gauthier, Havard, Légeret,
Lange, Legrand, Mathée, Régnier, Taupin, Vinlaine,
Charmeton, Briquet, Pineau, Bellan, Corneille Van
Clève... Le Cabinet des Glaces termine au Sud les
appartements de l’aile gauche. Trois de ses fenêtres
s’ouvrent sur un balcon en fer forgé, dont François
Boutet reçut le 22 mai 1689 le parfait paiement. Deux
autres s’ouvrent sur le parterre où descendent quelques
marches bordées par une belle rampe qui porte les carac¬
tères de l’art du milieu du xvme siècle et peut-être l’œuvre
d’un des Gamain, auteurs de presque toute la ferronne¬
rie des Trianons au temps de Jacques-Ange Gabriel.
Deux rampes de même dessin sont scellées sur l’escalier
du Salon des Jardins, à l’extrémité de la Galerie.
APPARTEMENTS DE L’AILE DROITE
Si, revenus au péristyle, nous passons maintenant
dans l’aile droite, nous rencontrerons successivement du
côté du parc, le Salon Rond, le Salon de Musique,
l’Antichambre des Jeux et la Chambre du Sommeil (réu¬
nies sous Louis-Philippe en une seule pièce), le Cabinet
du Couchant, puis, dans le prolongement de la Galerie,
le Salon frais et le Salon des Sources. Louis XIV s’était
réservé cet appartement dès la construction du palais ;
mais il n’y coucha jamais, et, en 1699, il le céda à la
jeune duchesse de Bourgogne. On remarquera qu’au lieu
d’être adossées à des cabinets comme le sont celles de
l’aile gauche, les cinq premières de ces salles sont sépa¬
rées par un mur de refend d’une suite de pièces étroites
et basses qui formèrent sous Louis XIV l’appartement
de M"‘e de Maintenon. Au-dessus de ce petit apparte¬
ment, en façade sur le Jardin du Roi, est ménagé un
entresol ; mais, comme il arrive souvent dans l’architec¬
ture classique, c’est un entresol « honteux » qu’aucune
division apparente ne révèle du dehors.
Pour nous guider au milieu des transformations des
salons et des chambres de l’aile gauche, nous avions eu
le secours de textes et de dessins assez nombreux. Ici, ce
secours nous manque ; nous devrons le plus souvent
donner une date approximative aux différentes parties de
la décoration, d’après leur style et par comparaison.
Le Salon Rond ou des Colonnes, d’un plan si origi¬
nal, semble dater dans l’ensemble des premiers travaux
de décoration intérieure du palais, c’est-à-dire de 1688.
De cette époque seraient ses colonnes corinthiennes, sa
corniche, sa frise, où des palmes et des rameaux al¬
ternent avec des trophées et des insignes de la royauté,
les chambranles des portes et des fenêtres, les voussures
des niches et les ornements de stuc — trophées, guir¬
landes et consoles à masques de femmes — - qui rem¬
plissent l’espace entre leur arc surbaissé et l’architrave.
Mais le Salon a été sous Louis XV l’objet de transfor¬
mations dont les plans, datés de 1760, sont conservés aux
Archives (O1, 1884) et portent les inscriptions : « Projet
pour le nouveau cabinet de compagnie du Roi, chapelle,
etc... » ou « Plan d’une partie du salon pour y mettre la
chapelle et du nouveau cabinet de compagnie ». Aux
quatre angles du carré où le Salon Rond est inscrit,
Mansart avait creusé de larges niches où s’ouvraient, du
côté du parc, des portes et des fenêtres, du côté opposé
des portes. Gabriel conserva les deux premières, mais il
ferma les deux secondes par des tambours, de façon à
former deux cabinets à peu près ovales : du cabinet de
droite il fit une petite chapelle ; dans celui de gauche il
construisit un escalier. Sur les deux dômes qui couvrent
les tambours s’étalent des cartels encadrés de rocailles,
des palmes retombent, des feuilles rampent. Ces orne¬
ments larges et souples, encore un peu ronflants, ont été
peut-être exécutés dans l’atelier de Rousseau, de qui il
IX
est dit expressément dans les Comptes (O1, 2202) qu’il
travailla « au palais de Trianon » en même temps qu’au
château de Versailles et à la nouvelle Ménagerie de 174g
à 1752. L’exécution en est fort belle, mais ils accrochent
la poussière et ne s’accordent ni par l’échelle ni par le
style avec le reste de la décoration.
Un document intitulé : « Mesures de la hauteur des
appartements de Trianon » ( Archives O1, 1884) nous ap¬
prend que le Salon de Musique servit, sous Louis XIV, de
salle à manger. Cette pièce devint, sous Louis-Philippe, la
salle de billard. Elle donne aujourdhui une impression
de délabrement. Contrairement â ce que nous avons vu
jusqu’ici, les sculptures n’v sont pas taillées en plein
bois, mais rapportées sur le fond. Furent-elles toujours
à cette place ?... En tout cas, ces couronnes formant
dessus de portes, ces enfants assis à côté de vases d’où
s’échappent des flammes, ces guirlandes et ces cornes
d’abondance d’où sortent des fleurs d’un travail assez
grossier, toutes ces sculptures un peu lourdes semblent
être, à Trianon, parmi les
plus anciennes.
L’antichambre des J eux
et la Chambre du Sommeil
(où le plan de 1691 indique
un lit) devinrent en 1699
la première et la seconde
antichambre de la duchesse
de Bourgogne. Mais depuis
que Louis-Philippe les a
réunies en une seule pièce
autour de laquelle court une
frise où des enfants portent
tantôt le chiffre L. P. et
tantôt des fleurs de lys, il
n’y reste aucun souvenir de
la décoration du xvn8 siècle.
C’est peut-être de ces deux
antichambres — numérotées
9 et 10 sur les plans de
1691 et 1694 — qu’il est question dans un fragment de
mémoire publié par M. Magnien : « Mémoire de deux
trumeaux de sculpture en bois pour le service du Roy en
son château de Trianon dans les chambres g et 10, de
l’ordre et suivant les desseins de M*r le surintendant ..., par
Le Goupil, sculpteur ; livré au mois d’avril 16 gg... (. Ar¬
chives , O1, 18741. Le Goupil avait sculpté des ovales de
même grandeur, surmontées de palmettes. Mais puisqu’il
est dit dans son mémoire que ces ovales ornaient des
Trumeaux , elles étaient sans doute placées non sur
chaque face de la cloison qui séparait les deux pièces,
mais, comme on le voit dans d’autres salles, au-dessous
de la corniche, entre les fenêtres.
« Le Roi, écrit Dangeau le 8 juillet 1699, alla se
promener à Trianon et voir si tout est prêt dans l’ap¬
partement qu’il destine à Madame la duchesse de Bour¬
gogne, qui n’y a encore jamais couché. Il n’y a rien de
changé aux appartements du Roi, de Monseigneur et des
princesses. Madame la duchesse de Bourgogne sera dans
la chambre au bout du grand appartement à droite. »
M. Magnien fait justement remarquer que cette chambre
ne pouvait pas être, comme l’a cru Soulié, le Salon
Frais, absolument inhabitable. C’était, — nous en avons
la preuve dans l’échelle des hauteurs des appartements
dont j’ai parlé plus haut, — le Cabinet du Couchant. Sa
corniche et ses chambranles datent probablement de 1688.
Dans le trumeau, au-dessus du miroir, on voit encore la
place vide et la trace de l’ovale qui avait servi de modèle
en 1700 à celles de la chambre et de l’antichambre de
l’aile gauche.
Nous arrivons maintenant aux deux salles qui pro¬
longent à l’est la Galerie et dont les fenêtres s’ouvrent,
non sur le parc, mais sur les Sources : le Salon Frais et
le Salon des Sources. Le premier, — désigné aujour¬
d’hui, à cause de ses Meubles, sous le nom de Salon
des Malachites, — est, avec le Cabinet des Glaces, une
des pièces de Trianon qui ont le mieux conservé leur
décoration ancienne et une de celles où Mansart a
réservé ses plus riches compositions. Ses portes cou¬
ronnées de cassolettes ou de médaillons sur lesquels
retombent des guirlandes opulentes, son trumeau que
domine une coquille simple
et assez réaliste, peuvent
être comptés parmi les beaux
spécimens de l’art français
quelque dix ans avant la
fin du xviie siècle. Au
contraire, dans le Salon des
Sources, première pièce
des appartements de M,,,e de
Maintenon, plus de fleurs
vraies (sauf les lys et le
lierre de la corniche), plus
de vases d’un large dessin.
Le motif qui surmonte
l’ovale du trumeau n’est pas
une coquille vue dans la
nature, mais une palmette
de fantaisie ; les panneaux
des boiseries s’ornent de
moulures fines, de rosaces
compliquées, de feuilles légères vaguement dérivées de
l’acanthe: c’est déjà le style des premières années duxvin*
siècle. Or, nous savons par une page du registre des ordres
du Roi publiée par M. Magnien que l’appartement de
Mme de Maintenon fut modifié en 1700 et en 1701 et que
le Salon des Sources reçut alors une cheminée de brèche
violette. C’est vraisemblablement à cette époque ou peu
après que furent sculptées ces boiseries d’un goût nou¬
veau. Il y eut encore quelques travaux de sculpture sur
bois douze ans plus tard : en 1713, Lemoine reçut
3.i 5q livres 10 sols pour ses ouvrages « au sallon de
l’appartement de M"10 de Maintenon ». (Comptes V , 675).
Mais où sont-ils? Une partie des lambris semble avoir
été arrachée au xix° siècle et je doute que les beaux pan¬
neaux à rosaces posés en long sur la cimaise y soient à
leur place première : leurs moulures ne correspondent
pas à celles des pilastres voisines.
Après le Salon des Sources, l’appartement de M"‘e de
Maintenon comprenait trois petites pièces basses sur le
Jardin du Roi : chambre à deux fenêtres, petit cabinet à
une fenêtre, grand cabinet à deux fenêtres. Au delà, un
escalier conduisait à l’entresol et le Buffet communiquait
avec le Salon de Musique, qui servait de Salle à Manger.
En 1701, le déplacement d’une cloison donna aux cabi¬
nets de MmC de Maintenon une disposition différente :
Cabinet du Levant (deux fenêtres), chambre deux fenê¬
tres), petit cabinet (une fenêtre). En même temps, leur
décoration fut renouvelée avec luxe. Mais ils subirent
sous Louis XV et à l’époque du Premier Empire de
telles transformations que rien n’y rappelle aujourd’hui
le temps du Grand Roi, sauf quelques chambranles de
portes. Napoléon 1" forma au Salon des Sources une
bibliothèque choisie; il eut un salon dans l’ancien
Cabinet du Levant, un cabinet de travail à la place de
la chambre de M",c de Maintenon, une salle de bains
dans le petit cabinet, une chambre (où l’on voit encore
quelques boiseries du milieu du xvni® siècle, très empâ¬
tées), et un dernier salon, le Salon Jaune, en partie sur
l’emplacement de l’ancien escalier, en partie sur celui du
Buffet.
CORPS DE LOGIS ENTRE LA COUR
ET LE JARDIN DU ROI
GALERIE — TRIANON-SOUS-BOIS
En quittant le Salon jaune, le visiteur tourne a
gauche, dans le corps de logis construit entre le jardin
du roi et la cour et traverse, d’abord un vestibule sans
intérêt, puis une antichambre et une chambre où se
mêlent les souvenirs de Louis XIV, de Louis XV et de
Louis-Philippe. Ce dernier appartement ne devint ce
qu’il est aujourd’hui qü’après des transformations succes¬
sives dont l’histoire est assez confuse. Tout d’abord
Louis XIV avait eu là une salle de spectacle. Elle occu¬
pait toute la largeur du bâtiment; on y entrait par la
porte ouverte au fond du Salon rond et au-dessus de cette
porte s’avançait une tribune. C’est dans cette salle que
fut représenté le 7 février 1689 le « Palais de Flore »
ballet qui célébrait les beautés de Trianon. « Le roi et
la reine d’Angleterre le virent de la tribune », écrit
Dangeau. Et Saint-Simon nous apprend qu’on accédait
à la tribune par l’escalier qui montait à l’entresol et en
passant par-dessus la salle du Buffet. Le mardi 17 dé¬
cembre 1697, l°rs des fêtes données à l’occasion du
mariage du duc de Bourgogne, « toute la cour, écrit-il,
alla sur les quatre heures à Trianon, où l’on joua jus¬
qu’à l’arrivée du roi et de la reine d’Angleterre. Le roi
les mena à une tribune où on montait sur la salle de
comédie de chez M'"° de Maintenon qui y monta aussi,
avec Mer et M,no la duchesse de Bourgogne, ses dames et
celles de la Reine. Monseigneur, Monsieur, Madame et
tout le reste de la cour était au bas dans la salle... »
Mais quand il eut donné les belles pièces de l’aile
droite à la duchesse de Bourgogne et celles de l’aile
gauche au Dauphin, Louis XIV sacrifia la comédie pour
avoir à la place un nouvel appartement, La destruction
de la salle de spectacle semble accomplie dès 1700,
puisque Dangeau écrit le 10 mars de cette année que le
Roi « se fait accommoder un appartement nouveau du
côté ou était la salle des comédies ». D’autre part, on
lit dans un mémoire de travaux exécutés de juillet à
septembre 1700 qu’un nommé Bourgault peignit le
« plafond de la salle de comédie, à présent appartement
de Mgr le duc de Bourgogne ». (. Arch . Nat. O1, 1884.)
Mais soit que les travaux aient duré longtemps, soit
qu’ils aient été interrompus, Dangeau écrit de nouveau,
le 8 mai 1703 que Louis XIV « fait faire un appartement
nouveau pour lui, sur l’endroit où était la comédie », et
le 16 juin qu’il' y loge.
Cet appartement (dont on peut voir un plan original
aux Archives : « Projet pour Trianon du 4 mai 1703,
carton O, 1884) commençait par une grande antichambre
éclairée par trois fenêtres sur la cour et deux sur le jar¬
din; elle occupait toute la largeur du bâtiment et com¬
muniquait directement avec le Salon rond. Louis XV la
rendit plus petite en la séparant du salon rond par un
vestibule et de la cour par un corridor. Elle ne reçoit
donc plus de lumière aujourd’hui que du côté du jardin.
Sa corniche, ornée de trophées d’armes ou d’instruments
de musique entre des consoles groupées deux à deux, ses
chambranles à palmettes, joncs coudés et fleurons, le
cadre ovale de son Trumeau surmonté d’une coquille et
celui qui lui fait face datent du temps de Louis XIV.
Ses panneaux nus, simplement encadrés de faisceaux de
baguettes où s’enroulent les spirales de légers feuillages
et sa grande porte cintrée ont été posés au milieu du
xvme siècle. Enfin, Louis-Philippe fit masquer mala¬
droitement les cintres des deux fenêtres par des lambre¬
quins d’un style Louis XV assez grossier.
Après l’antichambre, le dernier appartement de
Louis XIV comprenait trois, pièces : les deux premières
éclairées du côté du jardin, la troisième en façade sur
le jardin et sur le fossé. C’étaient une chambre à
deux fenêtres, adossée du côté de la cour à un étroit
corridor, un cabinet à une fenêtre, adossé du côté de
la cour à l’escalier qui conduisait à l’entresol de l’indis¬
pensable M. Fagon, médecin du roi, enfin le cabinet
du Conseil, pièce carrée adossée elle-même du côté de
la cour à deux cabinets de dégagement.
Du cabinet du Conseil, morcelé sous Louis-Philippe,
il ne reste rien. Quant à la chambre du Roi, Gabriel
l’agrandit au milieu du xvm" siècle de toute la place
occupée jusqu’alors par le cabinet du Roi et l’escalier
de M. fagon: il supprima la cloison qui la séparait du
cabinet et fit un nouvel escalier un peu plus loin dans
un des cabinets de dégagement du Cabinet du Conseil.
On peut voir ce changement accompli dans un plan
original de 1755 (Archives Nationales, O1 1884V. La cor¬
niche de la chambre, complétée dans son dessin primitif
lors de ces travaux, date donc du temps de Louis XIV.
De toutes les corniches si intéressantes de Trianon, c’est
celle qui annonce le plus l’art de la Régence. Des masca-
rons encadrés de légères arabesques dans le goût de
Bérain y alternent avec des enfants assis sur des palmes
et portant dans un médaillon les trois lis de France.
C est peut-être de ce joli décor et de la corniche de
1 antichambre qu’il est question dans un article des
Comptes (V. col. 494) où l’on voit que Van-Clève,
Magnier, Poirier, Coustou le Jeune, La Pierre et
Le Moyne reçurent, en 1711, 920 livres pour les
ouvrages laits par eux en 170Ü « aux corniches de la
chambre du Roy à I rianon ». Les chambranles et les
XI
dessus de portes dont les bordures ovales encadrent des
Heurs peintes par Blain de Fontenay et Monnoyer en
1704 et 170(5 sont également contemporains du Grand
Roi. On remarquera la parenté du décor des dessus des
portes — masques souriants entre des rinceaux fleuris
de guirlandes et quadrillages à rosettes — avec celui des
grands miroirs de la chambre de l’aile gauche, restaurée
pour le Dauphin à peu près à la même époque. Les
panneaux longs à coquilles et à rosaces ont été posés au
milieu du xvm° siècle. Le lit surmonté d’un lourd balda¬
quin a été mis à cette place lorsque Louis-Philippe Ht
disposer et meubler la chambre pour recevoir la reine
Victoria.
En passant du Salon Frais au Salon des Sources,
nous avons laissé à notre gauche la Galerie, le Salon des
Jardins et Trianon-sous-Bois, ordinairement fermés au
public.
La décoration de la Galerie et du Salon des Jar-
cabinets pour les chambres de la façade opposée. La
même disposition fut adoptée au rez-de-chaussée et à
l’entresol. En même temps, les corniches et les lambris
furent refaits. Leurs motifs, sculptés avec délicatesse,
varient de deux en deux pièces et rappellent, en minia¬
ture, la décoration de la chambre du Dauphin et de la
dernière chambre de Louis XIV; ils sont malheureuse¬
ment très empâtés. Mais nulle part l’architecte de Louis-
Philippe ne sévit plus cruellement que dans la pièce
qui précédait ces petites chambres et les séparait du
Salon des Jardins: la Salle de Billard. Il en fit une cha¬
pelle, où un vitrail d’après l’Assomption de Prud’hon
répand une lumière jaune sur des murs peints en terre
de Sienne. Au fond, deux portes de l’époque de Louis XV,
sculptées sur les deux faces, mais badigeonnées en
« faux bois », ont été utilisées pour fermer, l’une le
confessionnal, l’autre la sacristie. Le coffre d’autel, qui
date également du milieu du xvme siècle, peut être celui
que Gabriel avait fait poser dans la petite chapelle du
Salon Rond.
Projet pour le Salon des Jardins, sans date (Vers 1689).
dins date, dans son ensemble, de 1689. C’est alors que
Lespingola, Gautier, Guyot et Leguay sculptèrent les
enfants ailés aux formes pleines mais sans lourdeur,
assis deux à deux sous les arcs des fausses fenêtres de
la Galerie. Tous les modèles étaient de Lespingola.
( Comptes , t. III, col. io, 97, 290...) Les comptes et des
dessins anciens nous apprennent que des groupes ana¬
logues, œuvres des mêmes artistes, couronnaient autre¬
fois les portes du Salon des Jardins. La Galerie, repeinte,
chauffée et mise en communication avec les cuisines par
un corridor souterrain, servit sous Louis-Philippe de
salle à manger. Louis-Philippe fit transporter dans son
musée les peintures de Cotelle et de J.-C. Martin,
si précieuses pour l’histoire des bosquets de Ver¬
sailles, dont elle avait été ornée vers i(5g3 par ordre de
Louis XIV.
Trianon-sous-Bois était habitable dès 1689; mais la
disposition et l’ornementation de ses chambres furent sen¬
siblement modifiées en 1705. Au début, l’aile était divisée
dans sa longueur par deux rangées de pièces qui pre¬
naient jour, les unes sur les Sources, les autres sur le
parc. En 1706, un corridor longea toute la façade sur le
parc et réduisit les chambres orientées de ce côté en
L’objet de cette étude étant seulement de rendre
plus intelligibles les planches qui suivent, nous nous
arrêterons à la lisière du Parc. Nous laisserons à d’autres
guides le soin d’accompagner le visiteur au fond des
allées ombreuses, devant le Buffet de marbre et de plomb
doré ou les dragons du Plafond. Nous n’irons surprendre
ni les nymphes du Jardin des Marronniers ni les petits
faunes qui jouent au milieu de bassins dans la solitude
des bosquets. Nous nous abstiendrons aussi de parler
des tableaux qui complètent la décoration du palais et
quelquefois l'altèrent, beaucoup de ces tableaux étant
arrivés là après mainte vicissitude. Quant aux meubles,
s’ils ne sont pas tous à donner en exemple, si les spéci¬
mens de l’art bâtard du temps de Louis-Philippe y sont
en trop grand nombre, il convient de signaler quelques
belles pièces exécutées au xviuc siècle ou sous l’Empire :
une table de bois doré, dont les pieds à jour et la ceinture
sont ornés de masques, rappelle le stvle de Pierre Le
Pautre et le temps où notre art décoratif commence à
s’émanciper de l’influence italienne. Le goût français
dans toute sa pureté marque la petite console de l’époque
Louis XV placée aujourd’hui au Salon du Couchant et
la console, postérieure de quelque vingt ans, posée au
bas d’un trumeau du Salon Frais. Nous signalerons
encore des sièges de l’époque de l’Empire couverts en
tapisseries de Beauvais de la fin du xvme siècle, de grandes
torchères en bronze doré signées de Thomire et datées
de 1811, une table à cariatides dans le goût de Percier
et Fontaine... Tout ce mobilier disparate est souvent en
désaccord avec les lambris exécutés sous la direction de
Mansart. 11 nous rappelle du moins les souverains qui
vinrent tour h tour chercher ici la retraite et il résume
la destinée mélancolique du palais, autrefois demeure
royale où tout était en harmonie, aujourd’hui musée où
dorment les souvenirs de régimes déchus.
Léon DESHAIRS
LE GRAND TRIANON
LE GRAND TRIANON
FAÇADE SUR LA COUR
LE GRAND TRIANON
FAÇADE SUR LE JARDIN DU ROI
LE GRAND TRIANON
TERRASSES A L'EXTRÉMITÉ DU CANAL
Fin du XVIIe siècle.
LE GRAND TRIANON
I
LE GRAND TRIANON
f
FAÇADE SUR LE JARDIN
LE GRAND TRIANON
PI. 7
TROPHÉES
Retombant sur les archivoltes des fenêtres.
Par Nicolas Coustou, Jean Joly, etc... l(
Phototypie Berthaud.
A. Cai.avas, Éditeur, Paris.
LE GRAND TRIANON
LE GRAND TRIANON
PI. 9
(
TR IANON- SOUS- BOIS
Phototypie Berthaud.
TRIANON-SOUS-BOIS
Détails de deux fenêtres des avant-corps.
1705
A. Ca lavas, Éditeur, Paris.
_ A
I
LE GRAND TRIANON
SALON DES GLACES
LE GRAND TRIANON
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LE GRAND TRIANON
PI. 16
A. Calavas, Éditeur, Paris.
Déposé.
SALON DES GLACES
Archivoltes.
Fin du xvne siècle.
1
LE GRAND' TRIANON
LE GRAND TRIANON
LE GRAND TRIANON
SALON
LE GRAND TRIANON
LE GRAND TRIANON
LE GRAND TRIANON
LE GRAND TRIANON
PI. 24
Phototypie Berthaud.
A. Cala vas, Éditeur, Paris.
SALON DE MUSIQUE
Fin du xviie siècle.
I
LE GRAND TRIANON
PI. 25
SALON DE MUSIQUE
Panneaux en bois sculpté.
Fin du xviie siècle.
A. Calavas, Éditeur, Paris.
Phototypie Berthaud.
LE GRAND TRIANON
i
CABINET DU COUCHANT
LE GRA'ND TRIANON
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CABINET DU COUCHANT
1
SALON FRAIS
LE GRAND TRIANON
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Phototypie Berthaud. Déposé. A. Calavas, Éditeur, Psris.
SALON FRAIS
( Aujourd'hui salon des Malachites).
Dessus de portes.
Fin du xvii8 siècle.
LE GRAND TRIANON
PI. 31
Phototypie Berthaud.
A. Calavas, Éditeur, Paris.
SALON FRAIS
(aujourd’hui salon des malachites)
Corniche en plâtre et panneau en bois sculpté.
Fin du xviie siècle.
LE GRAND TRIANON
{
FRISE DU SALON FRAIS (Salon des Malachites)
FRISE DE LA CHAMBRE DU ROI
Phototypie Berthaud.
Déposé.
GALERIE
Décoration d'une travée.
Bas-relief par Lespingola, 1689.
A. Càlavas, Éditeur, Paris.
LE GRAND TRIANON
(
LE GRAND TRIANON
SALON DES SOURCES
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LE GRAND TRIANON
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Phototypie Berthaod.
A. Calavas, Éditeur, Paris.
SALON DES SOURCES
Détails des lambris el de la corniche.
Fin du xvne siècle.
LE GRAND TRIANON
LE GRAND TRIANON
PL 38
Phototypie Berthaud.
ANTICHAMBRE DU ROI
Premières années du xviil* siècle et époque de Louis XV.
A. Calavas, Éditeur, Paris.
LE GRAND TRIANON
Phototypie Berthaud.
5
A. Calavas, Éditeur, Paris.
ANTICHAMBRE DU ROI
1, 2 et 3 : Détail de la corniche, rosace et chambrante. Premières années du svm‘ siècle.
4, 5 et 6 : Panneaux en bois sculpté. Époque de Louis XV.
LE GRAND TRIANON
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APPARTEMENTS DE TRIANON-SOUS-BOIS
Dessus de glaces.
Premières années du xvme siècle.
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Phototypie Berthaud.
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APPARTEMENTS DE TRIANON-SOUS-BOIS
Dessus de glaces.
Premières années du XVIIIe siècle.
LE GRAND TRIANON
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LE GRAND TRIANON
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TABLE EN BOIS SCULPTÉ ET DORÉ
Époque de Louis XIV.
LE GRAND TRIANON
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CHEMINÉE
LE GRAND TRIANON
PI. 47
Phototypie Berthaud.
A. Calavas, Éditeur, Paris.
CHAISE, FAUTEUIL ET CANAPÉ
de l’époque de l’Empire
recouverts d’une tapisserie de Beauvais de l’époque de Louis XVI.
Fauteuil : hauteur i" Canapé : hauteur i"
largeur o"6i largeur 1-75
LE GRAND TRIANON
TAPISSERIE DE SIÈGE TISSÉE A BEAUVAIS
Époque de Louis XVI.
LE GRAND TRIANON
PI. 49
Phototypie Berthaud. Déposé. A. Calavas, Éditeur, Paris.
TAPISSERIE DE SIÈGE TISSÉE A BEAUVAIS
Époque de Louis XVI.
LE GRAND TRIANON
PI. 50
Pholotypie Berthaud.
Déposé.
A. Calavas, Éditeur, Paris.
COMMODE EN BOIS D'ACAJOU
Époque de l’Empire
ornée de cuivres ciselés et dorés de l’époque de Louis XVI (voir PI. 51) et de l’époque de 1 Empire.
Hauteur i”oj, longueur i"‘4y, profondeur o^éj.
FRISES ET APPLIQUES DE MEUBLE EN CUIVRE CISELÉ ET. DORÉ
Phototypie Berthaud. Déposé A. Calavas, Éditeur, Paris.
COMMODE ET LIT EN BOIS D’ORME ORNÉS DE CUIVRES CISELÉS ET DORÉS
Époque de l’Empire.
Commode : hauteur om99 Lit : hauteur i“20
— longueur i“23 — longueur 2m22
— profondeur o”5 2
LE GRAND TRIANON
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LE GRAND TRIANON
—
aaaflüaûüüüffliimïüffimm
y&Bà
mm/a
LE GRAND TRIANON
Phototypie Berthaud.
TABLE EN MARBRE ET EN BRONZE
Époque de l’Empire.
Hauteur o"93, longueur im46, profondeur o”7a.
LE GRAND TRIANON
LE GRAND TRIANON
LE GRAND TRIANON
LE GRAND TRIANON